Projet doctoral / Doctoral project


Spécialiste de la céramique, mes diverses expériences professionnelles et ma formation m’ont amenée à réaliser un projet doctoral consacré à la production, la distribution et la réception des céramiques japonisantes diffusées massivement sur le territoire français entre 1861 et 1939. Ainsi, je m’intéresse plus largement aux problématiques spécifiques soulevées par le japonisme populaire et les industries du semi-luxe en France que j’ai pu évoquer dans diverses interventions et publications.

J’ai eu l’opportunité de présenter une partie des résultats de mes recherches de Master lors de ma mission en tant que commissaire, régisseur, scénographe et auteur du catalogue de l’exposition « Vous avez dit japonisme ? » (Musée de Creil, 2010). J’ai également été en charge de plusieurs projets culturels dont la première Biennale des arts de la terre de la Ville de Creil (2010). Depuis, passionnée par la transmission et la diffusion des connaissances, je multiplie les expériences dans le milieu de l’enseignement et de l’édition. Le défi de ces expériences est de répondre et de s’adapter aux différents besoins et envies du public, qu’il soit spécialiste confirmé, étudiant ou amateur d’art.

Mes responsabilités dans le milieu associatif m’ont permis de confirmer mon goût pour la gestion de projet et surtout mon engagement pour la valorisation de la formation en histoire de l’art -et plus largement des profils SHS- dans le milieu académique et en entreprise.

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Résumé de la thèse

Du japonisme à l’asiatisme : une céramique de demi-luxe pour tous (France, 1861-1939)

L’épanouissement économique des manufactures de céramiques françaises tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle est propice à la revalorisation des valeurs industrielles au sein des arts décoratifs. Les industriels s’appliquent à fournir des produits de qualité à moindre coût, à toutes les classes, grâce aux améliorations techniques et à l’abaissement des coûts des techniques décoratives. À partir des années 1860, les productions japonisantes participant à ce phénomène se diffusent dans les intérieurs bourgeois et entrent dans un cadre plus général : celui des productions céramiques reproduites à grande échelle, mises en œuvre par des fabriques à Paris et en province tout au long de la période concernée, y compris durant l’entre deux-guerres. En privilégiant dans un même mouvement collectif tel style, telle forme et tel décor, les différents milieux fournissaient aux fabricants et aux créateurs de modèles une direction à suivre dans la production du japonisme en céramique. Les artistes industriels ont dès lors cherché à surmonter la fracture entre art d’élite et goût populaire. Ces nouveaux objets peu coûteux devaient correspondre à des critères esthétiques et pratiques très hétérogènes. La stratégie commerciale des manufactures de céramiques et des centres de distribution a de fait été façonnée en conséquence. Le bibelot en céramique, facilement manipulable, illustre par ailleurs les représentations d’un pays imaginé et appréhendé de manière collective grâce aux expositions, au cinéma, au théâtre et à la littérature. Ces images contribuent à l’émergence d’une culture populaire urbaine dont le caractère commercial est assumé ; en ce sens, cette céramique fait partie de l’univers du « kitsch » en tant que communication de masse utilisée par la classe moyenne.

Pour en savoir plus : émission de David Christoffel Radio Thésards pour France Culture Plus « La céramique et le japonisme », enregistrée en février 2013.

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From Japonisme to Asiatisme : semi-luxury earthenware for all (France, 1861-1939)

The economic growth of manufacturing earthenware and porcelain in the province triggered a flourishing industrial standard in the decorative arts. The Beautiful and Industry are the two new values inseparable, celebrated by the production of French ceramics until the end of the first half of the twentieth century. Manufacturers want to provide quality products at lower costs to all classes. Improvements in ceramic materials and technical casting, as well as lowering the cost of decorative techniques, have encouraged the opening up the hierarchy of decorative arts. These new technical processes took part in the improvement of living conditions of the bourgeoisie and smaller classes. Japanese style productions were large-scale diffused in bourgeois interiors since 1860’s. These works fall into a broader context: the large-scale pottery production, implemented by factories in Paris and the provinces throughout the period, including during the interwar period. Industrialization brings to market products that must seek the attention of all classes. These inexpensive items had to correspond to aesthetic and practical heterogeneous criterion. By focusing on the same style as collective motion, such as shape and decoration, the different environments provided producers a direction to follow in models making. Business strategy of manufacturing has been designed accordingly. The ceramics “curio”, easy to handle, illustrates the representations of an imagined and apprehended country in a collective way thanks to exhibitions, movies, plays and literature. These representations contribute to the emergence of an urban popular culture whose commercial character is clearly assumed. This ceramics is part of the universe of “kitsch” as mass communications used by the middle class.