Exposition Rosanjin – musée Guimet


Exposition Rosanjin organisée du 3 juillet au 9 septembre 2013 par le musée des arts asiatiques Guimet, l’Agence des affaires culturelles du Japon et le Comité d’organisation Klee Inc.

Le musée Guimet rend hommage à l’art céramique de Kitaōji Rosanjin (1883-1959), artiste « total » et figure emblématique de l’art culinaire nippon qui refusa le prestigieux titre de Trésor vivant en 1954.

Rosanjin se forme à l’art calligraphique à l’âge de 16 ans et démarre sa carrière artistique comme calligraphe, peintre d’enseigne de style occidental (très à la mode depuis l’ouverture des frontières nippones au commerce international) et enseignant. C’est en 1915 qu’il s’initie à la poterie et à l’art culinaire. Son intérêt pour l’usage de la céramique dans la gastronomie (bi-shoku ou « esthétique du manger ») sera à l’origine de la création du Bishoku Club « Club des Gourmets » en 1919 et de sa galerie des arts de la table qui connaîtront un franc succès auprès de l’élite japonaise. Lors de ces réunions gastronomiques, Rosanjin présente ses plats sur de la céramique chinoise, coréenne et japonaise ancienne qu’il collectionnait : bleus-et-blancs de la dynastie Ming, akae ou émail rouge posé sur couverte très en vogue en Chine et au Japon au XVIIIe siècle, imari kinrande ou décor de petit feu à l’or ou l’argent.

L’incendie du premier restaurant en 1923 incite l’artiste à s’établir dans un nouveau local, plus grand, le Hoshigaoka-saryo (Tōkyō), qu’il dirige jusqu’en 1936. C’est à cette période que Rosanjin décide de se consacrer pleinement à la production céramique ; il s’initie et parcourt alors le Japon afin de découvrir et d’étudier les techniques des porcelaines et des grès. Ses recherches l’amènent à s’intéresser à l’art ancien et traditionnel céramique des régions et fours de Bizen, Shigaraki, Seto et Mino, à l’œuvre des céramistes Chōjirō Raku (mort en 1590) et d’Ogata Kenzan (1663-1743) ainsi qu’à l’art des potiers coréens. Sa production céramique, utilisée dans son restaurant, se nourrira ainsi de ces références traditionnelles. Le renouvellement des styles anciens dans l’artisanat céramique s’accompagne au cours du XXe siècle de l’affirmation du potentiel artistique et spirituel des céramiques et des architectures nécessaires à cette pratique, les fours. Ainsi cette période est celle entre autres de la revalorisation de la sobriété, des hasards provoqués par la cuisson (déformation, variation des oxydes, vitrification involontaire, etc.) et par la redécouverte du potentiel esthétique et créatif engendrés par les instants méditatifs face à la nature lors des cérémonies du thé ; toutes ces recherches et redécouvertes sont issues de courants divers et s’unissent avec harmonie dans l’œuvre de Rosanjin (laque, céramique, paravent).

Au fur et à mesure de la visite de l’exposition, le public est amené à ressentir cette harmonie et à explorer les expérimentations de l’artiste dans sa recherche des effets de matières dans les hasards de cuisson, son goût pour les variations de textures, les oppositions de couleurs (laque et céramique) et effets de lumières (vitrification et usage de feuilles d’or et d’argent). Ses œuvres témoignent aussi bien d’une maîtrise de l’art calligraphique que de l’usage d’éléments éphémères au service d’un art côtoyant l’abstraction (entre autres l’usage de la paille ou de la technique des « cordes de feu » disparaissant à la cuisson et laissant ainsi une trace sur l’objet céramique).

A travers cette présentation d’œuvres issues de collections privées et publiques japonaises, le musée Guimet rétablit cet artiste majoritairement connu pour sa production céramique utilitaire et son art culinaire à la fin des années 1950 avant de tomber dans un certain oubli. Cette honorable réhabilitation est l’occasion de découvrir la force expressive des céramiques de l’artiste resituées dans une scénographie appuyant son puissant langage esthétique et pictural. La mise en scène de ces œuvres d’art invite à la contemplation : les jeux de lumières et d’ombres ainsi que la présentation d’œuvres en vitrine unique concordent à ressentir l’art de Rosanjin comme expérience sensorielle. L’entrée de l’exposition accorde suffisamment de place à la présentation de l’homme et de ses considérations artistiques. L’exposition est ponctuée de citations de Rosanjin nous plongeant un peu plus dans cette balade méditative. Un seul regret à mon sens : le manque de textes explicatifs dans le catalogue ; j’invite donc les lecteurs curieux à lire l’article récemment paru dans la Revue de la céramique et du verre (n°192 – septembre/octobre).

Site de l’exposition : cliquez ici.