Ateliers de production de la Cité de la Céramique (Sèvres)


Le 9 juin 2012, la Cité de la Céramique organisait une visite privilège des ateliers de production lors de son « Événement réseaux sociaux ». Quelle joie ! Quelques jours auparavant j’avais pu également visiter les ateliers de production de la Faïencerie HB-Henriot (billet jumelé avec le musée de la faïence de Quimper : plus d’informations ici). Puisque la visite de la faïencerie se déroulait lors des heures de travail nous ne pouvions pas prendre de photographies (par respect pour les employés). Il était assez étrange d’ailleurs de pouvoir les regarder travailler. D’ailleurs, je ne cache pas une certaine gêne dans le fait de les observer scrupuleusement afin de saisir leurs gestes. Petit détail plaisant : tout le personnel avait alors des écouteurs ! En général l’ambiance de travail de ces lieux est d’un silence monacal. C’est ce que nous a confirmé le personnel de la Cité de la Céramique : les ateliers sont souvent comparés à des monastères ou à des églises par rapport au calme qui y règne. La visite des ateliers de Sèvres se déroulant un samedi nous pouvions donc prendre autant de photographies que nous le souhaitions !

Ces deux visites étaient parfaitement complémentaires pour deux raisons : la première –  que je viens d’évoquer – était de voir aussi bien le personnel au travail (Quimper) et que de pouvoir échanger avec eux (Sèvres) ; la seconde raison est plus technique, j’ai pu voir ainsi les ateliers d’une faïencerie et d’une manufacture de porcelaine.

Un petit historique de la manufacture de Sèvres s’impose :

  • 1740 : Sous le règne de Louis XV – et sous l’influence de Madame de Pompadour – un atelier de porcelaine tendre est fondé à Vincennes, dans une tour du château. La porcelaine tendre se distingue de la porcelaine dite « dure » par sa composition : elle est fabriquée sans kaolin, matériau à l’origine de la fabrication de la porcelaine extrême-orientale, et est donc plus fragile car rayable à l’acier.
  • 1756 : La manufacture est transférée à Sèvres.
  • 1759 : Louis XV place la manufacture de Sèvres sous contrôle de la Couronne.
  • 1768 : Découverte d’un gisement de kaolin près de Limoges : la production de porcelaine véritable – dite « dure » – est effective à partir de 1770.
  • 1800 : Alexandre Brongniart administre la manufacture jusqu’en 1847. Il est à l’origine de la création du Musée de la céramique. En 1844 il publie son célèbre Traité des arts céramiques ou des poteries considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie (3 vol.). L’année suivante il rédige le premier catalogue du musée.
  • 1900 : La manufacture concentre sa production essentiellement sur les expositions, et ce jusqu’en 1937. En 1927 son directeur – Georges Lechevallier-Chevignard – obtient l’autonomie financière de la manufacture. Le musée est quant à lui rattaché à la conservation du Musée du Louvre en 1934.
  • A partir des années 1960, le musée et la manufacture connaissent une véritable renaissance grâce : à la publication de la revue Cahiers de la Céramique, à l’organisation d’expositions (musée – Henry-Pierre Fourest), à la création de nouvelles salles, de nouvelles muséographies et grâce à une production marquée par une vive modernité (manufacture – Serge Gauthier). Aujourd’hui la manufacture produit 60% de production artistique, le reste comprenant les services d’attributions (commandes de services de table pour l’Élysée, le Vatican, etc.) et les pièces pour les collectionneurs.

Maintenant, place à la visite et aux photographies :

Four – ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

A l’entrée des ateliers, nous avons été accueillis par les fours et quelques œuvres céramique qui prenaient place aux côtés des anciens fours. La Cité est très attachée à son matériel et a pris soin d’en conserver plusieurs. Je rappelle par ailleurs que la Cité est une des rares manufactures qui a pu/su conserver tout son matériau et ses archives. De nombreuses manufactures ont en effet perdu leurs archives ou ont tout simplement disparu (Creil et Montereau par exemple).

Ces fours à bois en briques datent du XIXe siècle. La sauvegarde et l’utilisation de ce type de four sont dues au souci de conservation et de transmission de savoir-faire de la Cité de la Céramique.
La manufacture utilise aujourd’hui trois types de fours : fours à gaz (hautes températures), fours électriques (pour les basses températures, aussi appelés moufles) et four à bois ancien (de manière ponctuelle).

Four – ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La manufacture produit depuis sa création des œuvres d’art en porcelaine, mais également des objets utilitaires (comme des services de table par exemple). Les sculptures (cf photographies) sont souvent des biscuits de porcelaine qui ne reçoivent pas de décor peint. Voici une autre illustration qui permet de comprendre l’atmosphère particulière qui se dégage dans ces couloirs, notamment quand on se penche par-dessus une rambarde…(Les fours en brique font dix mètres de haut.)

Four – ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La visite des ateliers :

Les pâtes à porcelaine sont fabriquées sur place. Rappelons qu’une pâte à porcelaine se compose de kaolin (qui provient de différents pays d’Europe en raison de la raréfaction de ce minerai dans le Limousin), de feldspath (Finlande et Norvège essentiellement) et de quartz (France). La manufacture emploie aujourd’hui la pâte blanche (PAA) anciennement nommée « pâte nouvelle » et qui a été mise au point dans les années 1960.

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou


Au sein de la manufacture de Sèvres, le dessinateur d’épures se charge des modèles des céramiques mises en forme par la suite selon différentes techniques : tournage, calibrage, coulage. Cette mise au point permet entre autres de fabriquer des outils adaptés à chaque objet…

Le coulage :

Sur la première illustration on aperçoit à proximité du four les moules en plâtres. Les moules permettent de façonner des objets en porcelaine – telles que des statues ou des objets aux formes assez sophistiquées. Une fois le moule conçu, le technicien fait couler à l’intérieur de la barbotine (argile délayée avec de l’eau cf vidéo) afin de reproduire en série – et avec la même qualité – un objet.

Je ne résiste pas à l’envie de vous présenter ici une archive vidéo du site de l’Ina :

Les disques utilisés à la fin sont – dans le cadre de la porcelaine – réalisés avec le même matériau que l’objet céramique. Lors de la cuisson, la porcelaine subit un retrait de 14 à 18%. Ce retrait peut abîmer l’objet lors de sa cuisson, c’est pour cela que les disques sont fabriqués avec le même matériau : ils subiront ainsi le même retrait que l’objet et n’abîmeront donc pas la partie inférieure de l’objet.

Le façonnage :

Lorsqu’une pièce n’est pas réalisée par coulage, elle est façonnée grâce au tour ou via la technique du calibrage (pour les assiettes). Pour le tournage, il faut une pâte assez plastique, et non de la barbotine. Celle-ci sera utilisée pour assembler les petits éléments aux pièces de formes (les anses d’une tasse par exemple).

Tour – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Le tourneur pose un petit pain d’argile sur le tour et procède à la mise en forme d’une tasse dont le modèle est  représenté sur papier mais que l’on aperçoit ici juste à côté.

Tournage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Quel bonheur de pouvoir prendre en photos cet instant ! Lors de la visite de la Faïencerie HB-Henriot la concentration du personnel était la même et nous imposait un silence quasi religieux, aussi curieux que nous puissions être…

Tournage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Petit détail à préciser : les miroirs ont été disposés pour nous permettre d’observer le tournage sous toutes ses facettes.

Tournage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Une fois tournée la pièce passe par l’étape du séchage puis de la finition et du polissage. L’intérieur des pièces de forme doit également être travaillé. Certaines pièces recevront à ce moment leurs accessoires (anses, boutons, etc.) grâce à de la barbotine qui permet de fixer ces éléments entre eux.

Séchage  :

Les pièces sont séchées sur ces grandes plinthes en bois. Le temps de séchage dépend bien évidemment de la taille de la pièce. Elles sont prêtes pour la finition puis l’émaillage…

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Les finitions :

Voici l’espace où l’on réalise les finitions. Le céramiste pose l’objet sur le support et utilise ce bâton qui lui permettra de garder l’équilibre. La fenêtre a été remplacée par une plaque perforée afin d’y introduire l’extrémité de cette perche.

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Voici les outils utilisés par les céramistes. Ils ont été fabriqués à Sèvres en adéquation avec le dessin d’épure. Très abrasif, le matériau céramique use les outils très rapidement.

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La pièce va être posée sur un autre type de tour et polie grâce aux outils et à la force centrifuge.

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

On peut apercevoir sur la photographie les petits éléments (poussières et débris) qui sont créés par la finition.

Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La pièce peut maintenant subir une première cuisson dite « de dégourdi » (980° pour une porcelaine). La pièce aura ainsi sa forme définitive et peut recevoir son émail. Cette cuisson permet à la porcelaine de garder une certaine porosité qui sera nécessaire pour l’émaillage de la pièce.

L’émaillage :

Attention les yeux, la technique de l’émaillage – dans la porcelaine – est souvent spectaculaire. A la Faïencerie HB-Henriot notre guide a utilisé une grande pince pour émailler l’assiette. Je crois me souvenir que c’est propre à la faïence en général alors que dans le cadre de la porcelaine la pièce est plongée dans l’émail liquide avec la main.

Emaillage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Il faut bien mélanger l’émail liquide avant l’immersion afin d’obtenir une solution bien homogène. L’émail liquide est versé dans un grand récipient, ici une baignoire, permettant une grande liberté dans le geste de plongée…

Emaillage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La porcelaine étant une matière poreuse, le séchage de l’émail est très rapide. Il faut par la suite poncer un peu la pièce pour effacer les éventuels traces et les excédents. En effet, les éventuels reliefs créés par des taches d’émail non polies peuvent être problématiques pour le peintre qui pourrait rater son motif à cause de ces excédents non traités…

Emaillage – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La pièce sera séchée en quelques heures (toujours en fonction de la taille) puis cuite à haute température (maximum 1380° dans le cadre de la porcelaine). Cette étape se passe dans les fours dit « de blanc ». Vient l’avant-dernière étape : la pose du décor peint.

La peinture sur porcelaine :


Palette de couleurs – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

La manufacture de Sèvres, soucieuse de protéger un savoir-faire séculaire et de le transmettre à ses élèves réalise elle-même ses couleurs au sein de ses laboratoires. Sa palette comporte plus de 900 coloris différents. L’élève en formation doit réaliser au cours de son apprentissage toute une série d’exercices pratiques : frise, larmes, motif de fleurs, etc. Il réalise sa propre palette de couleurs afin de comprendre notamment les qualités et défauts de chaque coloris. Il finit sa formation par la réalisation d’un portrait peint avant d’être engagé comme peintre sur porcelaine à la Cité de la Céramique.

Avant la pose des couleurs, le dessin ou transfert du motif sur la céramique :

Poncif – Ateliers de Sèvres (c)Sabine Pasdelou

Le peintre – que se soit sur porcelaine ou faïence – peut réaliser son décor grâce à un poncif. Il dessine son motif sur un papier calque qu’il perce ensuite en fonction du tracé. Il pose ensuite le papier sur l’assiette (par exemple) puis il tapote légèrement sur le papier calque à l’aide d’une ponce (chiffon contenant du charbon). Le motif sera ainsi reproduit sur l’assiette et le peintre n’aura plus qu’à tracer au pinceau les contours et peindre le motif.

La difficulté de la peinture sur céramique est que les couleurs ne se révèlent qu’à la cuisson…Le peintre doit donc faire preuve d’une grande patience et s’attendre parfois à des surprises…

La pièce subit ses dernières cuisson en fonction de son motif. Les couleurs sont de deux types : couleurs de grand feu (plus de 1100°) et de petit feu (moins de 1000°). Ces dernières cuissons apportent la qualité principale de la porcelaine et de la faïence, celle d’une pièce imperméable. NB : La porcelaine – contrairement à la faïence – est translucide (faites le test avec une source de lumière, vous verrez au travers)

La manufacture comprend en tout 130 céramistes (fonctionnaires d’Etat) qui sont répartis entre les différentes galeries et ateliers. Ils sont formés au sein de la manufacture : en ce qui concerne la formation plus d’informations ici.

Pour revivre cette journée – en plus des illustrations – je vous invite à lire ici le storify issu du Live-Tweet (#sevres2012).

 

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